Charles Gottlieb à jamais dans nos mémoires

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Décès de Charles Gottlieb - Réaction d'Eric Ciotti

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« Au moment où partout en France était célébré le 70e anniversaire de la victoire alliée de 1945, Charles Gottlieb nous quittait. Une très grande émotion m’étreint à l’évocation de cet homme exceptionnel qui, au sortir de l’adolescence, avait été confronté à l’une des plus grandes tragédies de l’Histoire et était devenu un remarquable ambassadeur de la mémoire auprès des jeunes générations.

Fils de réfugiés juifs qui avaient choisi l’est de la France pour échapper à l’antisémitisme régnant en Pologne, il rejoint à dix-sept ans la cohorte de ces jeunes français déterminés à combattre l’oppression, la tyrannie et l’intolérance, malgré les affres de la torture, les châtiments de l’occupant, les dénonciations et les déportations, et la mort atroce qui les attendaient. 

Ce sont d’autres jeunes français, ceux qui, trahissant leur pays, étaient entrés en collaboration, qui l’ont arrêté le 25 juillet 1944 à Lyon. Dès lors, ce fut le début d’une poignante descente aux enfers. Un an après Jean Moulin, il subit les supplices des hommes du sinistre Klaus Barbie, puis le 11 août il est embarqué dans l’avant dernier convoi partant vers Auschwitz où il va rencontrer  l’inhumain. 

En janvier 1945, l’Armée rouge approchant, il est évacué par les SS et fait la marche de la mort vers le camp de Mauthausen, pour ensuite être transféré vers celui d’Ebensee. Il sera libéré le 7 mai 1945, à 11h du matin, par les troupes américaines, et rapatrié en France le 23 mai. Il pèse alors 38 kilos…

Après avoir retrouvé les siens, en Haute-Marne, il découvre pour la première fois, en convalescence, cette ville de Nice appelée à devenir sa terre d’asile. 

Il choisit alors de faire partager cette terrible expérience à la jeunesse des Alpes-Maritimes. N’hésitant pas à revenir sur les lieux où il avait vécu l’enfer, il avait effectué une trentaine de Voyages de la mémoire, organisés par le Département des Alpes-Maritimes, accompagnant des milliers de collégiens à Auschwitz et leur livrant son témoignage personnel sur la vie dans les camps.

J’avais effectué plusieurs fois le voyage à ses côtés et j’avais été profondément touché par la force de son récit, par son enthousiasme et surtout son amour de la vie. A chaque fois, il avait ému, instruit, transformé ces adolescents, devenus grâce à lui, des ambassadeurs de la paix, de la tolérance, du respect de l'homme.

Il était très fier des milliers de lettres que lui avaient envoyées ces adolescents, faisant preuve d’une maturité, d’une qualité de réflexion, d’un sens de l’honneur qui les honorent. Il en avait choisi quelques unes qui ont été rassemblées et éditées par le Département dans l’émouvant ouvrage Récit de vie. 

Quel plus bel hommage que la reconnaissance de ces véritables jeunes soldats du devoir de mémoire qu’il a formés, dont j’ai retenu ces extraits : « Les mots ne rendent qu’une partie de la réalité de l’Horreur qui fut votre compagne des jours passés ; mais votre force fut, et est, de croire en l’Homme, et en son souvenir… Je vous demande de continuer à témoigner car votre parole vaut bien plus que toutes les analyses des historiens du monde entier. »

Très affaibli, il avait fait l’une de ses dernières apparitions publiques lors de la cérémonie des Vœux du Conseil départemental où j’avais tenu à lui rendre hommage et à lui témoigner une légitime reconnaissance pour son exceptionnel engagement au service de la transmission de la mémoire. 

Charles Gottlieb nous a quittés, mais au nom de tous les habitants des Alpes-Maritimes, je voudrais lui dire ;
merci pour son engagement au service de la France, de sa liberté, de sa dignité ;
merci pour son amour de la vie et sa résistance face à l’entreprise d’anéantissement de l’homme ;
merci pour son inlassable et poignant témoignage auprès des jeunes générations devenues grâce à lui des « veilleurs » d’un futur meilleur. 

Charles Gottlieb fut un grand homme, un grand résistant, un grand humaniste. Puisse sa parole, riche d’espérance et de foi en l’Homme, continuer à nous imprégner et à guider les jeunes. »

Eric Ciotti
Député 
Président du Département des Alpes-Maritimes