Saint-Martin-Vésubie "Commune membre de villes et villages des Justes de France"

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La reconnaissance pour ce village et ses habitants d'avoir résisté contre la terreur totalitaire pour protéger et accueillir ceux dont Vichy et l’Allemagne nazie avaient signé l’arrêt de mort parce qu’ils étaient juifs

Image en taille réelle, .JPG 1.0Mo fenêtre modale Reconnaissance de Saint-Martin-Vésubie "Commune membre des villes et villages des Justes en France" © Département06

C'est au cours d'une cérémonie organisée dimanche 25 septembre 2016 à Saint-Martin-Vésubie que le Comité Yad Vashem a officiellement reconnu ce village "Commune membre des villes et villages des Justes de France". Une cérémonie qui s'est déroulée en présence MM. Eric Ciotti, Député, Président du Département des Alpes-Maritimes, Daniel Wancier, Président de Yad Vashem Nice Côte d'Azur, Henri Giuge Maire de Saint-Martin-Vésubie, Conseiller métropolitain Nice Côte d'Azur, et Pierre-François Veil, fils de Simone Veil et président de Yad Vashem France.

L'occasion de dévoiler la stèle portant les noms des Justes et celle portant les noms des déportés qui ne sont jamais revenus des camps de la mort et n’ont jamais eu de sépulture.

Ce fut aussi l’occasion de dévoiler l’histoire peu connue de Saint-Martin-Vésubie qui avait été désignée par le gouvernement de Vichy comme l’une des localités maralpines devant héberger des juifs étrangers assignés à résidence.

Le village accueillit ainsi, en 1943, trois cents familles juives, pour la plupart originaires d'Europe centrale et orientale ; sous la protection des villageois et des soldats italiens, ils y vécurent une période de paix et de sérénité, pouvant pratiquer leur culte, envoyer les enfants à l’école, se retrouver dans le village.

Le 8 septembre 1943, la capitulation italienne mit un terme brutal à cette parenthèse heureuse. Guidée par des habitants du village, la plupart des familles s’enfuirent vers l’Italie par les cols de Cerise et de Fenestre. Certains, restés au village, furent arrêtés par les allemands, malgré la solidarité manifestée par les habitants pour les sauver. Ceux qui, malgré les éprouvantes difficultés liées à la marche en montagne, ont pu arriver en Italie, étaient attendus par les Allemands à Borgo San Dalmazzo. 328 furent arrêtés et déportés à Auschwitz et seulement 12 survécurent à l'Holocauste.

Les Justes de Saint-Martin-Vésubie ont su agir au moment où l’Europe connaissait les pires heures de son histoire sous le joug de la barbarie nazie. Il nous revient aujourd’hui de faire vivre leur mémoire et de la transmettre à nos enfants et aux générations futures.

Les familles des rescapés, les historiens et le Comité azuréen de Yad Vashem ont rassemblé les témoignages et permis de reconnaître l’action courageuse des Saint-Martinois en cette sombre année 1943, où une idéologie totalitaire et barbare avait réussi à imposer son règne sur l’Europe.

A travers cette reconnaissance du Comité Yad Vashem, c’est le village et ses habitants qui sont célébrés aujourd’hui.

En cette période où le totalitarisme et le terrorisme prennent des formes nouvelles, qui touchent notre pays et notre région, cet exemple historique prend une valeur, une résonance encore plus belle, plus profonde, plus émouvante, et doit continuer de nous inspirer et de guider nos pas aujourd’hui.

Lors de cette cérémonie, l’écrivain Laurent Seksik a lu des textes d’Etoile errante de Jean-Marie Gustave Le Clézio, émouvant récit qui rendit public cet épisode alors peu connu de l’histoire de Saint-Martin-Vésubie. Les enfants de l’école du village, du collège de Roquebillière et de l’école Or Torah de Nice ont égréné les noms des Justes et des déportés juifs gravés sur les stèles. Cette lecture a été accompagnée par de la musique, jouée par un violoniste de talent, Christophe Mauro, qui a interprété notamment le « Kaddish » de Maurice Ravel.