Route des jardins

Villa Eilen Roc

En 1860, l’ancien gouverneur des Indes Hollandaises, Mr Hugue Hope Loudon, charge Charles Garnier de construire une villa néo-classique au Cap d’Antibes.

Il la surnomme Eilenroc, anagramme de Cornélie, sa femme qui le quitta avant d’y habiter. Ce domaine devenant un lieu très à la mode, Stephen Liégard le décrit dans son livre, « Côte d’Azur ». Cette demeure connut de nombreux propriétaires. Lorsque M. Beaumont acquiert cette propriété donnant sur la baie du Cap, il délègue le réaménagement à l’architecte paysagiste Jacques Greber en 1930. Cinquante-deux ans après, il lègue l’édifice à l’Etat à  condition d’exploiter ce patrimoine et de créer un parc public. La senteur des fleurs se mêle à celles des ficus, lavandes, thyms et romarins. Ces plantes olfactives sont dominées par des forêts de pins, de chênes verts, de cyprès, d’arbousier et d’eucalyptus.

À l’extrémité d’une large avenue dont la courbe savante permet de découvrir progressivement la beauté des lieux, la villa Eilen Roc respire le luxe altier d’une demeure aristocratique. Charles Garnier, architecte des opéras de Paris (1875) et de Monte-Carlo (1878), revenait à des formes plus retenues lorsqu’il construisait pour des particuliers. Eilen Roc est un chef-d’œuvre de sobriété néoclassique dont les froides colonnades contrastent résolument avec la surcharge décorative de bien des villas Second Empire de la Côte d’Azur. La grande terrasse au midi remaniée en 1930 par Jacques Gréber, architecte en chef de l’exposition internationale de 1937, domine un escarpement de trente mètres qui tombe à pic dans la mer. Dans son livre « La Côte d’Azur », publié en 1887 dont le titre servit aussitôt à désigner le littoral de la Riviera française, Stephen Liégeard décrit ainsi le site : “Assise sur la pointe extrême du promontoire, soixante-sept marches taillées dans la roche vive mettent ses balustres en communication avec des grottes naturelles, sortes de cuves profondes où l’eau sans cesse agitée se livre, même en temps calme, à de violents remous […]Nulle autre situation peut-être, sur toute la corniche, ne saurait se comparer à celle d’Eilen Roc.” Or une photographie de la villa juste après sa construction en 1875 montre l’édifice s’élevant sur une table rocheuse désertique, que cache par endroit un maigre maquis. Il a donc fallu amener en charrette jusqu’ici la terre nécessaire pour obtenir pelouses, massifs, pinède, bref ce parc touffu aux senteurs balsamiques !