Villa Kérylos

“Il fallait incorporer la maison à cette côte, la bâtir pour lutter contre les vents, pour baigner dans le soleil et la mer. Pour ne diminuer en rien la beauté du site. Il fallait la concevoir pour ce pays où tout se fond dans une lumière, sœur de celle de la Grèce.”

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Route des jardins - Villa Kérylos - Beaulieu-sur-Mer

C’est ainsi que Théodore Reinach, commente l’implantation de sa villa Kérylos sur une avancée du rivage, avec pour toile de fond les rochers abrupts de Beaulieu, évocateurs du littoral grec. Archéologue, numismate, épigraphiste, musicologue, cet helléniste issu d’une famille de financiers, se fit connaître dans les milieux scientifiques en déchiffrant à Delphes les signes gravés dans la pierre symbolisant une notation musicale, celle d’un très ancien hymne à Apollon.     

Chant que son ami Gabriel Fauré transcrivit en mélodie afin que Théodore Reinach puisse la jouer au piano. En chlamyde sans doute, puisqu’à Kérylos, il poussait le désir d’identification jusqu’à revêtir, et à inciter ses invités à eux-mêmes revêtir, des vêtements grecs. Mais ne cherchez pas le piano. Il est habilement dissimulé dans un coffre pour ne pas rompre l’harmonie de la succession des espaces intérieurs et des décors qui nous transportent, il y a vingt-cinq siècles. Toutefois, la demeure est peu comparable avec les habitations d’Athènes à l’époque hellénistique, qui ne présentaient ni étage, ni fenêtre ouvrant sur l’extérieur.

Quant à l’architecte Emmanuel Pontrémoli, grand prix de Rome et spécialiste des monuments anciens, aussi passionné de la Grèce que le commanditaire de la villa, il l’accompagna plusieurs fois dans ses périples au pays des Hellènes. Terminé en 1908, l’ensemble de Kérylos – nom signifiant hirondelle de mer en grec ancien – se déploie autour d’un péristyle intérieur, cour à ciel ouvert entourée d’une colonnade, en fait l’ancêtre de l’atrium romain, du patio andalou et du cloître roman ; péristyle scandé par des fûts de marbre monolithes. Fresques, mosaïques, tentures, mobilier, vaisselle, d’exécution précise, ont été réalisés par une équipe d’artistes et d’artisans maîtrisant les techniques de l’Antiquité.

Assister à un concert de musique de chambre dans cet espace épuré ne s’oublie pas. En effet, léguée à l’Institut de France en 1928, classée Monument historique en 1967 et récemment restaurée par le Département des Alpes-Maritimes, la fondation Théodore Reinach est un cadre rêvé pour des auditions musicales, conférences ou moments littéraires. Tout près de la maison, un bref parcours botanique jalonné de panneaux documentaires, renseigne le visiteur sur l’histoire et les propriétés de plantes sauvages ou cultivées, familières aux anciens Grecs.