Jardin Auguste Renoir

Lorsque Renoir tomba sous le charme de la très ancienne oliveraie des Collettes, il vivait de sa peinture depuis une trentaine d’années.

Image en taille réelle, .JPG 1.6Mo (fenêtre modale)|Route des jardins - Jardin Auguste Renoir - Cagnes-sur-Mer© CG06

En 1909, il sauva du lotissement cette belle “campagne” en l’achetant, et y fit bâtir une maison d’une simplicité rare à la Belle Époque, où il vécut et travailla ses douze dernières années.

Bien que très affecté par des rhumatismes articulaires qui l’empêchèrent progressivement de marcher, à la fin de sa vie il affirmait au cinéaste Jean Renoir :“Je ne suis jamais resté un jour sans peindre, tout au moins sans dessiner. Il faut garder la main.”

Fils d’un tailleur, Pierre-Auguste Renoir (1842-1919) entra à quatorze ans dans un atelier parisien de peinture sur porcelaine. Cela le marqua car une fois devenu peintre, il enduisait toujours sa toile de blanc pur pour obtenir un fond qui rendrait plus lumineuses ses touches de couleur.

L’amour de la lumière l’escorta sa vie durant. Tout en conservant des activités de décorateur, il se joignit dès vingt et un ans à un groupe de jeunes peintres, Sisley, Monet, Bazille, fort peu appréciés par les critiques d’art. Ils retrouvaient Manet et Pissaro dans des cafés pour discuter de leurs expériences picturales ou allaient peindre ensemble autour de Paris.

Ces “intransigeants” ou ces “impressionnistes” comme on les appelait vers 1872, affichaient leur indépendance par rapport aux goûts conventionnels de l’époque. Ils peignaient des sujets ordinaires de la vie quotidienne, et non des scènes historiques sur le mode théâtral.

Mais avant tout, ils donnaient la primauté à leurs sensations visuelles et cherchaient, comme le déclarait Monet “à capter la lumière d’un instant pour la jeter sur la toile”. La carrière de Renoir fut un combat perpétuel pour montrer la beauté de la lumière en plein air, qu’il traduisait à l’aide de touches de couleurs de plus en plus vivantes à mesure que le temps avançait.

Pour y parvenir, il s’était fait construire dans le jardin des Collettes, un petit atelier vitré où il pouvait s’abriter du soleil tout en peignant modèles ou objets placés à l’extérieur, en pleine lumière. Cette cabane a disparu.

Dans la maison, le grand atelier est éclairé comme cela se fait habituellement, par une verrière donnant au nord pour que la lumière soit à peu près constante toute la journée.

On y voit la palette, la boîte à couleur, le chevalet, le fauteuil roulant et le bilboquet avec lequel Renoir s’exerçait pour lutter contre la paralysie, bref “garder la main”.

Mais le véritable atelier était bien dehors, dans la lumière tamisée de l’oliveraie où chaque tronc noueux évoque la silhouette d’un individu, entre les longues traînées de soleil du matin ou du soir.

Au sud, la mer joue avec les collines au-dessus des rangées d’orangers alternant avec des rosiers.

C’est ici que se dresse la grande Vénus en bronze modelée sur les indications de Renoir immobilisé, par le sculpteur Richard Guino.

Les formes sont pleines, le visage pulpeux, la chevelure négligemment nouée à la grecque. L’éternel féminin de Renoir, qu’illustre si bien le buste en terre cuite de sa femme, respire le bonheur de vivre.

À Cagnes, loin des “loges de théâtre”, des “canotiers de la Seine” et du “bal du Moulin de la Galette” de sa jeunesse, le monde de Renoir rejoint celui de l’Antiquité classique.