Cimetière du Vieux-Château

Au cours de la période médiévale, la possession du territoire de Menton fut la cause des luttes et des tractations multiples entre les comtes de Provence, la République de Gênes et les Grimaldi de Monaco, qui la possédèrent longtemps. Puis la France, par période, le Duché de Savoie, le Royaume Sarde et l’Italie occupèrent le territoire avant qu’il ne redevienne français.

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Route des jardins - Cimetière du Vieux-Château - Menton

Or une loi napoléonienne de 1804 interdisant les inhumations dans les églises par mesure de salubrité, il fallut créer un cimetière pour les Mentonnais qui, jusque-là, avaient le droit de se faire enterrer à l’intérieur de Saint-Michel. Assez proche des églises, le site du vieux château s’y prêtait. La municipalité en fit l’acquisition en 1807 (il était devenu Bien national) et dut adapter à cette nouvelle utilisation, ce qui restait de la forteresse des Vento, soit la base et le premier étage de l’édifice. Vers 1885, Stéphen Liégeard décrit en ces termes le cimetière de Menton : « En étages concentriques, il se dresse entre deux golfes, image d’un cône tronqué. De sa plate-forme, il commande la mer, le port, les quais et toute la côte, depuis Bordighera jusqu’à la presqu’île Saint-Jean, avec une délicieuse échappée au nord sur le Val de Menton. »

Dès le début du XIXe, Menton fut fréquentée par des malades venus d’Europe du Nord et de l’Est (Menton se transforme en effet en station climatique de renom attirant des malades tuberculeux). Ils ne guérirent pas tous, beaucoup furent inhumés sur place. Les tombes d’aspect sagement néoclassique des familles locales se distinguent des tombes des hivernants d’un style funéraire souvent beaucoup plus évocateur : urnes, colonnes brisées, envols de draperie, statuaire d’expression exaltée laissent rêveur et sont dignes du climat théâtral du célèbre Campo Santo de Gênes.

Par son caractère cosmopolite, le cimetière permet d’évaluer l’importance de certaines communautés étrangères comme par exemple, celle des représentants des empires centraux : Prussiens et Hongrois. On remarque la terrasse des Allemands et surtout la chapelle orthodoxe à bulbe bleu du prince Troubetskoï qui signale le secteur des Russes. Parmi les Anglais, on relève les noms du botaniste John Moggridge qui, herborisant dans la Haute-Roya, fut l’un des découvreurs britanniques des gravures rupestres de la Vallée des Merveilles et celui du révérend père Webb Ellis. C’est à l’occasion d’une partie de football, dans un collège anglais en 1888, au cours de laquelle il prit des libertés avec le ballon, que le révérend inventa le jeu de rugby.