Route du Baroque

Eglise du Gesù

1612-1642. À l’origine, simple chapelle des jésuites, elle a servi de modèle à toutes les églises baroques de Nice et de sa région.

Image en taille réelle, .JPG 79Ko (fenêtre modale)|© CG06

Cette église se situe au cœur même du Vieux Nice, sur cette artère principale que représente la rue Droite qui permettait de rejoindre le plus directement possible les portes nord et sud de la ville, axe privilégié sur lequel s’élevaient les principaux palais des grandes familles de la noblesse niçoise. Malgré un certain flottement dans les proportions, la façade de l’église s’insère avec bonheur dans un tissu urbain marqué par l’étroitesse des voies de communication caractéristique de ce secteur de la ville.

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Deux niveaux d’élévation articulent un ensemble architectural sévère. Le seul réel élément décoratif est constitué d’une fenêtre serlienne accentuant la lecture de l’axe médian de la façade que l’on trouvera repris au-dessus du maître-autel, imprimant ainsi un jeu de correspondance, de symétrie qui caractérise l’ensemble de l’édifice.

Le campanile, nettement autonome par rapport à la façade, est une construction de goût quasi rococo. Son volume élancé émerge des constructions avoisinantes et se trouve exalté par l’étroitesse de la ruelle. L’emploi de la brique nue donne une coloration piémontaise à l’ensemble. Le bulbe à l’impériale recouvert d’écailles polychromes couronnant le tout est d’inspiration ligure.

A l’intérieur, le tracé de la nef s’apparente à celui du Gesù de Rome, première église jésuite de la Contre Réforme : absence de transept, arc triomphal important reposant sur des massifs qui délimitent un choeur fermé par un mur rectiligne percé d’une fenêtre serlienne.

Ce sont les ouvertures des chapelles latérales bordant la nef qui introduisent une notion de rythme dans cet espace. Les grandes arcades des chapelles latérales alternent avec des ouvertures plus basses surmontées de baies rectangulaires. Ces éléments témoignent d’une "baroquisation" d’un contexte maniériste qui se trouve corroboré par l’emploi de la serlienne dans l’abside en écho à celle du second niveau de la façade. Le système de couvrement de la nef insiste sur le rythme amorcé par les chapelles latérales.

C’est une voûte en berceau divisée par de larges doubleaux prolongés latéralement par des doubleaux parallèles
reconduisant dans la voûte le système de faisceaux des pilastres des chapelles. Très étroite, la voûte du choeur se confond littéralement avec l’arc triomphal dans une unité saisissante.

Un superbe décor stuqué envahit tout le cadre architectural de l’ensemble de l’édifice qu’il vient souligner et magnifier sans jamais en masquer les lignes générales.

L’impression première est une profusion charnelle. Obéissant à un programme rationnel, la distribution de ce décor où le thème angélique prédomine, se conforme à l’alternance rythmique imprimée par les chapelles latérales.

Ainsi des anges de grandes tailles reposent sur les arcs d’entrée des chapelles, encadrant des cartouches surmontant le centre des arcs. Des angelots sont placés à leur tour sur les arcs des petites chapelles et occupent tout l’espace des écoinçons.

Ce thème angélique se poursuit dans les angelots placés au droit des pilastres centraux des massifs verticaux. Sur la frise, courent d’épais rinceaux de feuillage où des angelots et des "putti" encadrent des baies ovales. Cette profusion décorative est propre au baroque dont elle diffuse la joie et la sensualité tout en marquant l’intime cohésion entre l’architecture et le décor.