Parc Chambrun

Sur un coteau du quartier nord de Nice, le parc Chambrun se signale par la blancheur éclatante du temple qui le couronne. Du côté de la rue Chateaubriand, on doit gravir près de quatre-vingts degrés pour l’atteindre, mais de l’autre côté, rue George Sand, deux fois moins de marches et une voie inclinée permettent d’accéder à ce monumental auditorium en plein air.

Image en taille réelle, .JPG 1.2Mo (fenêtre modale)| J L Garac
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Primitivement, le site faisait partie d’un domaine agricole d’une quinzaine d’hectares (quelques oliviers en témoignent), propriété de la famille Caïs de Pierlas. Le comte Joseph de Chambrun, homme politique, sociologue et l’un des fondateurs du musée social à Paris, fit l’acquisition du domaine en 1876. Il s’installa dans le petit château dont on aperçoit les tours du côté nord entre les maisons du lotissement, qui aurait été un ancien rendez-vous de chasse, transformé au début du XIXe siècle en manoir néo-gothique. Pour créer le parc, le comte de Chambrun se serait adressé à des paysagistes de renom, les frères Bühler (parc de la Tête-d’Or à Lyon, parc du Thabor à Rennes). 

Le long des volées des grands escaliers, on peut observer les vestiges rocheux d’une cascade artificielle. Quant au temple-auditorium, ce fut un cadeau qu’il fit à sa femme, grande mélomane. Héritière des cristalleries de Baccarat, celle-ci pouvait comme son voisin von Derwies à Valrose, rétribuer les services d’un orchestre. Ce fut l’architecte Philippe Randon (musée des Beaux-Arts) qui élabora le spectaculaire odéon circulaire à douze colonnes, dont le pinacle culmine à dix-neuf mètres de hauteur. La disproportion frappante entre temple et manoir donne bien la mesure de la passion pour la musique de la comtesse. C’est ainsi que le parc Chambrun devint un haut-lieu de la vie musicale de Nice où concerts et récitals se succédèrent, à partir de 1885, au cours des saisons d’hiver.

Lorsque ses propriétaires disparurent l’un après l’autre, le parc fut vendu à un hôtelier qui y construisit une patinoire, le Palais des Glaces ou le Temple des Frimas. En 1920, un lotissement acheva la transformation du quartier où de grands conifères du parc s’élèvent encore dans les jardins, mais la municipalité racheta la parcelle d’un demi-hectare où s’élève le temple de la musique.

L’ensemble végétal du parc Chambrun offre des spécimens botaniques intéressants. Outre une collection “classique” de palmiers, on peut y trouver sur une terrasse du côté est, un alignement de Brachychiton populneum, arbre feuillu à tronc cylindrique d’Australie ; parmi les conifères, cyprès américain et pin des Canaries, le tronc d’un cèdre de 5,40 mètres de tour à 1 mètre du sol, laisserait supposer que sa plantation remonte au XVIIIe siècle. Rebaptisé tantôt temple de Diane, tantôt temple de l’Amour par les Niçois qui sont très attachés à ce monument au pied duquel les nouveaux mariés viennent se faire photographier, c’est surtout lors de la nuit de la musique que la coupole du temple de la comtesse de Chambrun a quelque chance de résonner à nouveau.