Duranus

Duranus est un lieu habité mentionné au moins depuis 1604.

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Le village

La commune de Duranus s’étend sur 1 610 ha entre Vésubie et Paillon. Le relief, tourmenté, atteint l’altitude de 1 501 m à la cime de Rocassiera.

Trois ruisseaux traversent son territoire en se jetant dans la Vésubie : le Campon, l’Affaia et le Duranus.

Au XVIIe siècle, un premier site occupé depuis le milieu du Moyen Âge à Rocca-Sparviera fut abandonné par ses habitants  qui choisirent de s’installer plus bas dans les campagnes dominant la Vésubie et le Paillon, fondant ainsi le village de Duranus et le hameau de l’Engarvin. Le nom de Duranus a probablement pour origine la racine  pré-indo-européenne dur, c’est-à-dire relief abrupt et source.

En 1363, Pierre Marchesan avait acquis de Louis et Jeanne, roi et reine de Jérusalem,  château, lieu et juridiction de "Rocca sparvera", moyennant la somme de 700 florins d'or.  Par la suite, la communauté resta sous la domination de cette puissante famille jusqu’à la Révolution.
La période qui s’ensuivit fut douloureuse pour la population en raison des affrontements entre soldats français et barbets, résistant à l’occupation de leur pays par la France à partir de 1792 et très actifs dans cette région.

A 500 m d’altitude, les maisons de Duranus paraissent dispersées à flanc de colline mais étaient en fait groupées en deux quartiers, la Crotta et la Carriera. Cette forme d’urbanisation dispersée s’explique peut-être par l’absence d’un règlement au moment de l’implantation du village.

Restée stable au Moyen Âge et au XVIe siècle, autour de 225 habitants, la communauté s’accrût avec la nouvelle implantation  sur Duranus, sans dépasser 287 individus (en 1804). Aggravé  par la pauvreté du terroir,  l’exode rural affecta le village avant la première guerre mondiale. Après avoir atteint un creux historique de 79 habitants en 1954, la population  n’a cessé de progresser.

Eglise paroissiale de l’Assomption, XVIIIe siècle

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Le 24 juin 1639, une première chapelle, placée sous le vocable de l’Assomption, fut consacrée à Duranus, accompagnant les constructions nouvelles faites alentour par les habitants à partir de 1625.

Cependant, les prieurs demeurèrent sur l’ancien site de Rocca-Sparviera pendant près de 80 ans malgré l’insécurité qui y régnait. Au début des années 1720, la communauté décida de « faire descendre » son curé. Un presbytère fut construit  et la chapelle agrandie.

Un récit du prêtre Jules Uberti relate  que le 10 août 1723 la population transporta de Rocca-Sparviera à Duranus  les deux cloches, le tableau du rosaire, les statues, les ornements des meubles, les marches de pierre, et tout ce qui pouvait être récupéré dans l’ancienne église Saint-Michel.

Le clocher actuel, coiffé de tuiles vernissées, possède trois cloches fondues en 1935 (Saint-Michel), 1990 (Vierge Marie) et 2008 (Saint-Erige).

 

L’intérieur de l’église paroissiale

C’est la paroissiale la plus simple et la plus modeste de la Vésubie.

Restaurée avec goût, l’église comprend une nef centrale couverte d’une voûte en plein cintre, à pénétrations, à laquelle on a juxtaposé sur le flanc droit un collatéral. L’ensemble est dépourvu de décor à l’exception d’une corniche moulurée.

Le chevet plat possède un monumental autel baroque à colonnes lisses, surmonté d’une forte corniche et d’un lourd fronton à volutes. Au centre, une toile que l’on peut dater de 1640 regroupe au-dessous de l’Assomption de Marie, les saints Jean-Baptiste et Antoine-Abbé.

Trois autres toiles matérialisent les autres dévotions : le Suffrage avec une Vierge dominant les Âmes du Purgatoire, la Prédication de Saint Ignace et un Saint-Joseph.

Certaines statues conservées dans l’édifice viennent de l’ancienne église de Rocca-Sparviera (Saint-Antoine et Saint-Erige) ou de la chapelle Saint-Michel (Saint-Michel terrassant le dragon).

 

 

La fontaine de la place Saint-Michel

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La fontaine du village, sur la place Saint-Michel, est surmontée d’une statue de Jan de Duranus, personnage créé par Antoine Brachetti (1908-1996).
Dans les fêtes locales, cet artiste de variétés amateur aux multiples talents avait mis à son répertoire le personnage pittoresque de Jan de Duranus dans des sketches émaillés de niçois, ce qui lui valut une grande popularité.

La sculpture a été créée par Jean-Pierre Augier, artiste né en 1941, et dont l'atelier est installé à Saint-Antoine-de-Siga sur la commune de Levens.
Le sculpteur trouve son inspiration dans de vieux outils ou des objets en fer qu’il transforme par assemblage en personnages ou en animaux en mouvement. Non loin de là, le monument aux morts de la Grande Guerre rend hommage aux six Duranussiens morts pendant le conflit.

 

Mairie, 1885

L’actuelle mairie, aujourd’hui implantée au cœur du village, abritait autrefois l’école communale.  

Au XIXe siècle, l’école était excentrée, au quartier de la Placette, et particulièrement insalubre car adossée au flanc de la montagne.

En 1881, le conseil municipal décida la construction d’un bâtiment qui abriterait une école mixte et un logement pour l’instituteur. Achevée en 1885, l’école comprenait une bibliothèque et une salle de gymnastique et de travaux manuels, équipements exceptionnels pour l’époque.

 

La mine d’arsenic de l’Eguise

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A l’est de la commune, à 910 m d’altitude, dans le quartier de l’Eguise, se trouvent les vestiges d’une mine d’arsenic.

Dès 1864,  des recherches avaient permis de localiser à Lucéram et à Duranus des indices de sulfures d’arsenic (réalgar et orpiment). Après des débuts laborieux, l’exploitation commença réellement en 1913 avec la Compagnie minière et métallurgique d’Auzon (Haute-Loire).

Cette dernière construisit une usine de grillage dont les ruines sont encore visibles sur place, notamment une imposante cheminée que l’on aperçoit depuis le village de Duranus.

La production reprit entre 1923 et 1931, date à laquelle le site fut définitivement abandonné, faute de rentabilité. Le matériel présenté sur la place de Duranus était celui utilisé pour l’exploitation.

 

Le « Saut des Français »

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Le « Saut des Français » domine la Vésubie par un à-pic vertigineux de 200 mètres. La tradition veut que les barbets y aient poussé dans le vide des soldats révolutionnaires faits prisonniers mais rien de tel n’est attesté à Duranus.

Néanmoins, les archives judiciaires font état d’un fait similaire mais sur la rive opposé, à Utelle, au quartier du Villar, où trois militaires furent poussés du haut d’un rocher par les barbets.

En fait,  la réputation du « Saut des Français » doit beaucoup aux guides touristiques qui, depuis la fin du XIXe siècle, donnent au lieu un caractère sinistre propre à faire frissonner le visiteur…

Aqueduc, vers 1858

L’eau alimentant le village était prélevée dans le vallon dit du Cognet puis conduite par un canal jusqu’au village.

La route est franchie grâce à un aqueduc construit vers 1858.

La régularité de l’approvisionnement en eau était essentielle pour l’économie villageoise car elle permettait d’irriguer les potagers situés à proximité des maisons. La première fontaine établie dans le village date de 1828.

Les archives gardent la trace de nombreux travaux rendus nécessaires par le tracé du canal.

Ainsi, en 1812, le conseil municipal vota des travaux pour rendre plus sûr l’entretien du canal en l’encastrant dans la falaise car, « étant un rocher escarpé par ou le canal doit nécessairement passer, on risque la vie toutes les fois qu’il faut y aller pour en conduire l’eau… ». 

 

Fontaine, deuxième moitié XIXe siècle

Encastrée dans la paroi, cette fontaine associée à un lavoir date de la construction de la route « consortiale » et servait aux charretiers empruntant ce nouvel axe de circulation carrossable conçu par les Sardes pour relier Nice à Saint-Martin-Vésubie en passant par Levens, Duranus et Lantosque.

Sur l’itinéraire conduisant du village de Duranus  au hameau de Saint-Jean-la-Rivière, le pont du Paraire (1854-1855) attire l’attention par sa masse imposante.

Réalisé à la veille de l’annexion de Nice à la France en 1860, le chantier des routes « consortiales », colossal pour l’époque, a été ensuite occulté par la campagne de travaux publics menée par l’administration de Napoléon III pour obtenir l’adhésion des populations locales.

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Un paysage de restanques et d’oliviers

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Grâce à des murettes de pierre sèche, l’homme a façonné le paysage en y aménageant des terrasses de cultures qui recevaient vignes, oliviers et céréales. Seul l’olivier est resté, prospérant autour du village, là où les générations précédentes l’ont installé.  

Le terroir de Duranus  était pauvre : les principales productions, à peine suffisantes pour satisfaire aux besoins locaux, étaient l’huile d’olive, le vin, le froment et le seigle, auxquels s’ajoutaient des cultures potagères autour des habitations. Connue depuis l’âge du bronze, la technique de  construction des murs de soutènement  nécessitait un grand savoir-faire.

Pour éviter leur dégradation, les constructeurs devaient impérativement respecter les règles suivantes : choisir avec soin les pierres, asseoir le mur sur une assise stable, lui donner du « fruit », décaler les joints, réaliser un drain à l’arrière du mur pour empêcher la terre de l’envahir…

 

Le hameau de l’Engarvin et la chapelle Sainte-Eurosie (1741)

Le hameau de l’Engarvin (orthographié Engalvin avant 1900) est situé dans la haute vallée du Paillon, à l’est du territoire communal. Désenclavé par la route en 1976 seulement, il est aujourd’hui distant de 45 km du village de Duranus !

Cet éloignement explique la tentative de Coaraze, beaucoup plus proche, pour obtenir son rattachement en 1851…

Après l’abandon du site de Rocca-Sparviera, les habitants se retrouvèrent éloignés de tout lieu de culte, surtout en hiver, et obtinrent l’autorisation de construire une chapelle champêtre, achevée en 1741, afin d’y entendre la messe et d’être « instruit en religion ». 

L’intérieur de la chapelle Sainte-Eurosie

Le culte de sainte Eurosie a vraisemblablement été introduit dans le comté de Nice dans la première moitié du XVIIIe siècle par les soldats espagnols. La sainte était implorée contre la grêle, la tempête et pour la pluie, comme en Aragon et dans le Milanais.

La chapelle est un joyau soigneusement préservé. De petites dimensions (5,20 m de large sur 6 m de long), elle est voûtée plein cintre. Derrière l’autel, une toile peinte par Cassadessus en 1743 rappelle le martyre de sainte Eurosie au VIIe siècle. La restauration récente de l’édifice a permis de découvrir sous le badigeon blanc les décors des corniches et de l’autel, restitués à l’identique.

Sur la façade subsiste une niche qui abritait une statue de saint Antoine en terre cuite émaillée. Parce que la chapelle est le seul bâtiment communal du hameau, on y conserve depuis 1937, date de l’arrivée de l’électricité, l’échelle servant à grimper aux poteaux électriques… 

 

 

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Rocca-Sparviera, XIVe-XVIIe siècle

Au-dessus du col Saint-Michel, à 1 100 m d’altitude, les ruines de  l’ancien village de Rocca-Sparviera surplombent la vallée du Paillon.  Rocca-Sparviera (le rocher des éperviers) est associé au souvenir de la reine Jeanne qui, poursuivie par Louis de Hongrie, se serait réfugiée dans son château en 1348.

La légende veut que profitant de l’absence de la reine partie à Coaraze entendre la messe de minuit, ses ennemis se soient  introduits dans le château et aient égorgé ses enfants.

A son retour, découvrant ce spectacle affreux, la reine aurait maudit les lieux du massacre…

Sans doute dû à une rupture de l’alimentation en eau et à l’ingratitude du terroir environnant, le déplacement du village sur les sites de l’Engarvin et surtout de Duranus commence au début du XVIIe siècle et est achevé en 1723 avec la descente des cloches et des ornements de l’église  paroissiale. 

 

Chapelle Saint-Michel

Sans doute édifiée à l’emplacement de l’ancienne église paroissiale, la chapelle Saint-Michel est un édifice long de 12 m et large de 5, aux proportions harmonieuses.

A l’intérieur, elle est voûtée plein-cintre et le chœur est en cul-de-four. En fort mauvais état au début du XXe siècle, elle fut restaurée à l’initiative de l’abbé Marc Clary et inaugurée le 8 mai 1924.

Le site de la chapelle offre un panorama grandiose, du Mercantour à la Méditerranée.

 

Statue de saint Erige et Statue de saint Michel archange

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Statue de saint Erige (Eglise de l'Assomption)

La statue de saint Erige, que l’on date sans certitude du XIIe siècle, rappelle la légende du saint, évêque de Gap, mort en 604.

La tradition rapporte que s’étant reposé, de retour de Rome,  dans une grotte surplombant les gorges de la Vésubie, il y fut attaqué par un énorme serpent qu’il étouffa de ses mains.

La grotte demeure connue des anciens du village sous le nom de San Eriéu ou de la Serpatière, référence au serpent diabolique. A Duranus, saint Erige est invoqué pour délier la langue des enfants qui tardent à parler ou qui bégayent à la suite de peur.

L’historien Paul Canestrier rapporte que dans la vallée de la Vésubie, les familles conduisaient des enfants à l’église de Duranus et leur faisaient embrasser la statue du saint, autrefois conservée dans l’église de Rocca-Sparviera.

 

Statue de saint Michel archange, XVIIe siècle

Conservée autrefois dans la chapelle de Rocca-Sparviera, cette statue en bois polychrome, datée du XVIIe siècle,  se trouve aujourd’hui dans un remarquable état de conservation.

Le culte de saint Michel s’est diffusé en Europe dès la fin du Ve siècle et semble avoir gagné notre région au XIe siècle. Dans le Nouveau Testament, Michel est défini comme archange alors que dans l’Apocalypse il est l’ange conduisant d’autres anges dans le combat contre le dragon représentant le démon. Pour cette raison, il est représenté ici revêtu d’une armure.

 La fête de Saint-Michel est toujours fêtée par les Duranussiens qui se retrouvent chaque année  le 29 septembre dans l’ancienne chapelle de Rocca-Sparviera pour y célébrer une messe suivie de la procession et de la bénédiction des campagnes.