Marie

Un habitat fortifié dénommé Marie est mentionné en 1066.

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Au cœur d’un paysage de montagnes boisées, le village de Marie s’accroche à un éperon rocheux, d’où son château surplombe la vallée de la Tinée. Vertigineux et abrupt sur ce versant, il offre un visage plus riant de l’autre côté, pré¬sentant au soleil les façades étagées de ses maisons bordées d’agréables jardinets qui nous rappellent l’importance ancestrale des potagers.

Le territoire de Marie comprend le village, dominant un fond de vallée proche favorable aux cultures maraîchères, et le hameau d’Ullion, extension alpestre du village aux confins du territoire. Cette composition reflète bien l’activité traditionnelle de Marie, fondée sur l’agropastoralisme et dont la subsistance était assurée grâce à l’exploitation de châtaigneraies, de forêts et d’oliveraies, à l’activité d’élevage, à la culture du blé et de la vigne.

Dans une enquête de 1752, Marie apparaît comme un village relativement peuplé, comptant 255 âmes, bien desservi par des chemins praticables et d’entretien aisé, et dont le territoire suffisait à faire vivre les habitants.

La première mention de Marie se trouve dans un acte passé par les frères Pierre et Milon Lagit, deux éminents personnages détenteurs de biens acquis après l’expul - sion des Sarrasins, qui donnent, entre autres, la moitié des dîmes du village appelé Marie à l’évêque de Nice, pour la construction de l’église Notre-Dame de Clans, en 1066.
Cette donation reflète à la fois la féodalisation de la société, où l’insécurité et l’affaiblissement du pouvoir politique ont permis la prolifération de châteaux et de villages fortifiés aux mains de seigneurs puissants, mais aussi le poids de la religion, le souci du salut et du rachat des fautes qui conduit à ce type de donation, d’où le pouvoir des clercs et de l’Église sort renforcé.

Château de Marie

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La mention du texte de 1066 « castro que nominant Maria », ne permet pas de localiser précisément le castrum ni même d’affirmer que celui-ci avait une fonction défensive, car le mot pouvait aussi désigner un habitat groupé.

En revanche, au XIIe siècle, Alphonse Ier, roi d’Aragon et comte de Provence, fait construire à Marie un château qui assure la surveillance des gorges de la Tinée.

En 1384, Raymond Bérenger IV donne Marie à la famille Grimaldi de Beuil, attachant pour longtemps sa destinée et celle de nombreux villages de la moyenne et haute montagne niçoise à cette puissante famille.

Le lien ne cessera qu’avec la condamnation à mort, en 1621, d’Annibal Grimaldi de Beuil pour félonie et rébellion.

Le château médiéval a été fortement remanié aux XVIIe et XXe siècles, et seule sa forme globale peut encore en être retrouvée, avec sa tour ronde et, à l’opposé, ce qui pourrait être le donjon.

La belle fenêtre géminée que l’on voit en façade serait le réemploi d’un élément d’une maison médiévale proche.

Église paroissiale Saint-Pons dite église de la Nativité de la Vierge, XVIIe-XVIIIe siècles

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L’église se trouve à l’entrée du village, en bordure du village médiéval ; elle a été édifiée sur un rocher creusé et débité pour en faciliter l’implantation.

Elle se présente comme un bâtiment simple auquel on accède par un escalier à double volée surmonté d’un porche qui repose sur des colonnes de pierres de belle facture, ce qui permet de compenser le dénivelé important entre la voie et l’église. L’historien Pierre Gioffredo mentionne une église à Marie en 1658.

L’église paraît avoir connu de très importants remaniements, si ce n’est une reconstruction, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le bâtiment actuel présente les caractéristiques d’une église baroque, établie selon le modèle « jésuite », soit une nef unique prolongée d’un chœur peu resserré à chevet plat et élargie de chapelles latérales, une voûte en berceau couvrant le tout.

Plusieurs éléments datés se retrouvent dans l’église : la date de 1780 est inscrite sur l’un des claveaux du portail, et le bénitier de pierre noire que l’on trouve à l’entrée remonte à 1777.

Le chœur pourrait être antérieur au reste du bâtiment.

L’église médiévale n’ayant pas été identifiée, on serait tenté de la localiser ici, d’autant que l’église Saint-Ferréol placée en contre-bas du village, et desservie par les moines de Pedona, paraît bien distante pour avoir joué ce rôle de paroissiale.

Âmes du Purgatoire

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Le mobilier de l’église est remarquable ; outre le maître-autel constitué de gradins en bois doré, de niches sculptées, et dont le sommet se pare d’une grande gloire couronnée, dans un style rocaille, on retiendra la toile représentant les Âmes du Purgatoire pour sa composition particulière.

  • À droite, un ange saisit un pêcheur et tend à Dieu, de son autre main, l’âme sauvée représentée sous la forme d’un petit personnage vêtu de blanc. 
  • La partie gauche du tableau représente un prêtre suivi d’un enfant de chœur, qui bénit les âmes du purgatoire, et rappelle ainsi aux fidèles l’importance de la pratique religieuse.

 

La Réforme catholique a instauré de nouvelles formes de dévotion, celle du Rosaire, de la Bonne Mort, du Saint-Sacrement et des âmes du Purgatoire représentées ici. Ces nouvelles dévotions ont profondément transformé l’espace sacré des églises en multipliant les autels qui leur sont consacrés

 

Saint-Ferréol

Dans l’église paroissiale, une toile de Jean Rocca, datée 1644, orne l’autel dédié à saint Joseph, où figure, entre autres, saint Ferréol. Sur le territoire de Marie, on trouve un quartier Saint-Ferréol où était élevée une église mentionnée dans une bulle pontificale de 1246 comme une dépendance de l’abbaye de Saint-Dalmas de Pedona, devenue ensuite un bénéfice ecclésiastique du chapitre de Clans à partir de 1487.

De ce bâtiment qui a connu de multiples transformations ne restent que des ruines, que l’on confond habituellement avec d’anciens bâtiments ruraux.

 

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Statue de procession de la Vierge

L’église paroissiale conserve une statue de procession représentant la Vierge, en bois d’olivier polychrome et doré, fabriquée dans un atelier génois.

L’acheminement de Nice à Marie se serait fait par le chemin muletier, à dos d’hommes, grâce à une vingtaine d’habitants se relayant dans cette mission

Chapelle Saint-Roch

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La chapelle Saint-Roch, située à 1 km du village, domine le point de rencontre des chemins venant de Valdeblore par le site d’Ullion, de Clans par le vallon Saint-Ferréol, et d’Ilonse.

Ce réseau ponctué de lieux de culte permettait d’accéder aux chapelles de Sainte-Anne, de Saint-Jean-Baptiste et Saint-Ferréol.

La chapelle Saint-Roch est un bâtiment simple, de forme rectangulaire, présentant la façade typique des chapelles prophylactiques construites à l’entrée des villages.

Ces chapelles avaient pour mission de protéger les populations, qui se plaçaient sous la protection de saint Roch ou de saint Sébastien, des risques d’épidémie et, notamment, de la peste.

La façade est animée d’une jolie baie quadrilobée ; l’intérieur, qui présente une voûte en berceau plein cintre, est pauvre en mobilier ; on y voit pourtant une toile datée de 1637, représentant saint Roch

 

Toile représentant saint Roch, 1637

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Il est intéressant de s’attarder sur cette toile datée de 1637. L’historien Luc Thévenon a souligné la vacuité artistique que connaît le Comté de Nice entre 1530 et 1630, liée à la concentration des moyens financiers sur les opérations de sécurité du littoral et le renforcement des défenses du Comté.
En partie privés de mécènes, de commandes et d’échanges réguliers, les artistes locaux ne renouvellent guère leur inspiration et reprennent les modèles des primitifs du XVe siècle et du début du XVIe.

Le style archaïsant de cette toile reprend la forme des polyptiques dont les boiseries sont rendues grâce à un habile trompe-l’œil.

Au centre, saint Roch, accompagné de son chien, exhibe sa plaie.

Séparés par une colonnette peinte soutenant des arcs plein cintre, saint Pancrace, palme du martyr et épée en mains, et saint Christophe, faisant passer la rivière à l’enfant Jésus sur ses épaules, l’encadrent.

Dans le second registre, trois tableaux carrés figurent une crucifixion et, de part et d’autre, saint Laurent et sainte Rosalie.

L’aspect hiératique et l’attitude figée des personnages caractérisent cette toile.

 

Moulin à huile, 1890-1921

Le moulin à huile a bénéficié de plusieurs modernisations successives, entre 1890 et 1899 puis en 1921.

Une roue hydraulique verticale de 4,5 m de diamètre, en bois de mélèze, est mise en mouvement par une petite chute d’eau et actionne un broyeur à meule.

À l’intérieur du bâtiment, se trouve aussi une presse.

Les bassins de décantation ont aujourd’hui été supprimés.

Le moulin était affermé à un adjudicataire qui, moyennant une redevance proportionnelle, donnait aux intéressés l’huile de presse et gardait l’huile de ressence et les grignons

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