Villa Ephrussi de Rothchild

L’auteur de la fondation, la baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild (1862-1934) fut éveillée à l’amour de l’art par des parents collectionneurs eux-mêmes. Une fois mariée à Maurice Ephrussi, banquier hongrois, la baronne Ephrussi de Rothschild se mit à parcourir le monde en quête d’objets d’art et de meubles rares pour constituer ses propres collections.

Image en taille réelle, .JPG 590Ko (fenêtre modale)|Route des jardins - Villa Ephrussi de Rothchild - Saint-Jean-Cap-Ferrat© CG06

Lorsqu’elle estima que le résultat de ses recherches était satisfaisant, elle songea à une demeure pour les mettre en situation. Comme elle fréquentait les salles de jeux du casino de Monte Carlo, sa prospection la mena au Cap Ferrat où elle fit l’acquisition de terrains sur l’isthme du promontoire.

Les travaux de terrassement furent énormes, mais le résultat magistral : vers l’est, la vue plonge sur la “mer d’Èze”, vers l’ouest, sur la rade de Villefranche. Ce fut Aaron Messiah, architecte du roi des Belges Léopold II dont le domaine « Les Cèdres » était tout proche, qui l’emporta.

Messiah réussit à intégrer au projet final une palazzina d’architecture néo-vénitienne, beaucoup d’éléments de réemploi ramenés de ses voyages par la baronne : arceaux, chapiteaux, embrasures, cheminées, fenestrages… jusqu’aux colonnes d’un cortile italien qui constituent le patio couvert, éclairé par une verrière invisible, au centre de l’édifice. La façade au midi de la palazzina s’ouvre sur une perspective constituée, au-delà d’un parvis de marbre et de pièces de gazon, par un parterre d’eau, formé de bassins symétriques centrés par un canal qui s’allonge jusqu’à une cascade, que domine un petit temple néoclassique se détachant devant le boisement de la colline. Composition typiquement italienne (l’eau “sauvage” se civilise à mesure qu’elle s’approche de l’habitation en traversant des bassins et des parterres de plus en plus raffinés) mais dénommée “jardin à la française” à la fondation, sans doute parce qu’elle est géométrique…

L’ensemble a été dessiné par Achille Duchêne, paysagiste majeur du revival des grands jardins réguliers au début du XXe siècle, tant en Europe qu’aux États-Unis. La collection de jardins, côté Villefranche-sur-Mer, débute par le jardin espagnol auquel on accède en traversant une grotte architecturée d’esprit classique, abritant une fontaine qui alimente le petit canal de ce jardin très clos. Le lieu qui lui fait suite présente un belvédère sur la rade et communique avec le grand jardin par des escaliers en fer à cheval. Puis, en bordure de l’allée florentine bordée de cyprès, on découvre le jardin lapidaire où ont trouvé place les éléments d’architecture non utilisés pour la construction de la villa musée. Le jardin asiatique niché dans les bambous lui succède et plus loin, la grande rocaille du jardin exotique communique à son tour avec la roseraie récemment restaurée, au pied d’un petit temple hexagonal. Le sentier revient alors vers la palazzina en serpentant à travers le jardin anglais, partie du domaine laissée à l’état naturel ; il longe ensuite les terrasses du jardin provençal (qui inaugure le style néo-régional sur la Riviera) dont l’ancienne oliveraie est à présent envahie par des pins d’Alep. L’itinéraire aboutit alors au temple néoclassique placé au sommet de la cascade, depuis lequel on jouit du meilleur aspect de la palazzina se reflétant dans le canal du jardin d’eau.