Roubion

Un habitat fortifié dénommé Roubion est mentionné dans la première moitié du XIIIe siècle. Il comportait un village et une église, mentionnée en 1351.

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Erigé au flanc de la falaise su r un promontoire dominant la vallée de la Vionène, Roubion déroule ses ruelles pentues et son bel ensemble de maisons hautes au pied d’un château arasé au début du XVII°.

Ces restes de fortifications rappellent que le château, placé en garde du col de la C ouillole, défendait le principal accès oriental au plateau de Beuil et la jonction des vallées de la Tinée et du Cians.

Désigné dans les textes comme Castrum de Robione (1067) puis par Robionum (1293), Robjono (1333), Robion (1795), le village acquiert son nom définitif en 1860. D’abord inféodé au XIe siècle aux comtes de Rostaing, descendants des seigneurs de Castellane, puis intégré aux possessions de la puissante famille féodale des Grimaldi de Beuil, Roubion fit souvent les frais de luttes intestines ou des conflits armés opposant le duc de Savoie et la France.

L’enquête de l’intendant Joanini en 1752 présente un village d’une relative aisance, composé, à parties égales, de roches nues, de forêts et de pâturages. Les surfaces cultivées portent seigle, vignes et oliviers, et l’élevage entretient un petit commerce d’ovins et de caprins. Un métier de draperie, un four et un moulin communal complètent les équipements.

Le problème majeur du village, à cette époque et jusqu’au début du XXe siècle, est l’entretien des chemins, mis à mal par les intempéries et les avalanches. En 1924 encore, le maire Ramin demande au préfet l’amélioration des conditions de transport indispensables à la vente des productions d’hiver et l’installation d’un câble aérien de 500 m allant de Roubion au pont de la Vionène pour pallier les effets de l’enneigement.

Le village comporte un hameau d’altitude, Vignols, situé à la jonction de la zone forestière et de la zone d’alpages, sa belle altitude de 1374 mètres lui a permis de développer une station de ski familiale.

Les vestiges du château et le village

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La physionomie actuelle du village découle d’une véritable reconstruction à l’époque moderne, consécutive à l’arasement du château féodal et de ses remparts et au saccage du village.

Roubion fit d’abord les frais du conflit qui opposa Annibal Grimaldi de Beuil au duc de Savoie, et s’acheva par l’exécution d’Annibal, la confiscation de ses biens et, en signe d’abaissement définitif de la famille, l’arasement de son château de Roubion.

Le conflit qui opposa ensuite le duc de Savoie et le roi de France, durant la Ligue d’Augsbourg, toucha Roubion entre 1691 et 1696. L

e maréchal Catinat avait chargé le marquis de Vins de réduire les hautes vallées du comté ; Péone puis Beuil se soumirent.

Les Roubionnais, qui continuaient à résister, dévastèrent les campagnes de leurs voisins, provoquant le châtiment sévère des troupes de Vins, qui mirent à sac et incendièrent le village. Il subsiste de la forteresse la base de deux tours, quelques pans en ruine et des restes d’enceinte.

Église paroissiale Saint-Étienne, dite église Notre-Dame-du-Mont-Carmel, XVIIIe siècle

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L’église est construite à l’extrémité orientale du village, en 1713.
Elle participe au grand mouvement de reconstruction des paroissiales dans la montagne niçoise, au plus fort de l’expansion baroque.

L’église se compose d’une nef à un seul vaisseau de cinq travées, la dernière constituant le chœur.

Elle est remarquable pour les décors de gypseries et de stucs polychromes qui la décorent. Le porche polygonal de l’église se trouve curieusement excentré, sur le mur gouttereau nord, il masque partiellement l’encadrement du portail.

La position très particulière de l’entrée peut s’expliquer par la présence d’un gros rocher, autrefois accolé au clocher, qui empêchait l’accès classique par la façade formant pignon.

Le clocher est de facture moderne, réparti en trois registres ; le tout prend l’aspect d’une tour seigneuriale avec merlons et créneaux rajoutés, dans le goût néo-médiéval du XIXe siècle.

 

Chapelle Notre-Dame-du-Mont-Carmel

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La deuxième chapelle latérale est dédiée à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

Elle retient l’attention pour son spectaculaire et inhabituel décor de gypseries et de stucs polychromes. L’œuvre, attribuée à un artiste ligure, égaie l’autel de couleurs vives et chatoyantes.

Les boiseries du retable et les dorures baroques encadrent une toile représentant la Vierge et Jésus tenant les scapulaires qui, selon la vision de saint Simon Stock, protègent de l’Enfer celui qui s’en revêt.

Cette chapelle donne son nom usuel à l’église, signant ainsi l’attachement des fidèles à la dévotion de Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

 

Chapelle Saint-Sébastien

La construction de la chapelle est attestée en 1513.
À l’origine, elle se présente comme une chapelle-porche, fermée par la suite.

D’aspect extrêmement modeste, placée comme toutes les chapelles prophylactiques à l’entrée du village, la chapelle est dédiée à saint Sébastien qui est, avec saint Roch, un des saints les plus fréquemment invoqués contre la peste.

Rien ne laisse présager la splendeur des décors peints que l’on découvre à l’intérieur.
D’une facture assez populaire et naïve, les peintures sont touchantes par leur simplicité, notamment la Pietà du chevet.

La vie de saint Sébastien est évoquée en douze scènes accompagnées d’une légende écrite en caractères gothiques, en ancien provençal.
Elle occupe le registre supérieur et la voûte, tandis qu’au bas des murs sont représentées les vertus faisant face aux vices.

L’auteur des fresques est, sans doute, un maître itinérant originaire de Provence.

Dans la représentation des vices et des vertus, basée sur le chiffre sept, on retrouve sept jeunes femmes (dont deux effacées ici) représentant les vertus et sept damnés, liés par le cou et conduits vers l’enfer par un démon.

La façade latérale est ornée par un saint Michel quelque peu effacé.

 

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Chapelle Notre-Dame

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De belles dimensions, cette chapelle faisait l’objet, jusque dans les années soixante, d’une procession annuelle.
Elle se situe au-dessus du village, à quelques mètres de l’enceinte basse du site castral.

Des peintures murales intérieures figurent une colombe du Saint-Esprit et des motifs de palme.

Entièrement remanié à l’époque moderne et totalement enduit, le bâtiment ne se prête pas à l’analyse archéologique. Sans doute la chapelle originelle était-elle plus petite, comprenant seulement deux travées ; il serait tentant de supposer qu’à cet emplacement se tenait l’ancienne paroissiale Saint-Étienne.

Sans confirmation de cette hypothèse, on profitera simplement du charme du bâtiment, précédé d’une petite esplanade engazonnée, et égayé d’un rosier ancien.

Fontaine dite du Mouton

On sait qu’en 1946, 58 % des habitants des communes rurales allaient encore chercher l’eau à l’extérieur de leur habitation.

Pourtant, le XXe siècle, en mettant progressivement l’eau à la portée de chacun, a retiré aux fontaines et lavoirs leur rôle utilitaire, leur donnant une nouvelle fonction de décor de l’espace public.

C’est le cas de cette fontaine, au décor sculpté particulièrement soigné représentant plutôt, malgré son nom usuel, la tête d’un bélier.

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Toit de grange

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La statistique agricole, dressée par l’intendant Mellarède en 1701, mentionne les céréales et le foin comme productions essentielles du village.

Traditionnellement, le stockage se faisait à l’écart des habitations, en contrebas, dans des granges couvertes en bardeaux de mélèze.

Le feu était, en effet, un péril très redouté.

Le 30 juillet 1902, Roubion eut à subir un des pires incendies de son histoire ; la paille et le fourrage entassés dans le grenier d’une maison du village prirent feu, détruisant plus de vingt maisons et une chapelle, avant de se propager à la forêt voisine.