Route du Baroque

Eglise Saint-Michel

L’église Saint-Michel fut longtemps une cathédrale, en signe de reconnaissance pour la prise de position de la ville pour le pape d’Avignon contre l’antipape de Rome. C’est sans doute ce fait historique qui explique le mieux l’ampleur de l’édifice actuel, mais il faut également considérer ce phénomène comme le reflet du pouvoir de la commune de Sospel.

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Diverses vicissitudes ont fait de Sospel un cas particulier. Maintes fois frappée par des épidémies de peste (1527-1528, 1620 et 1632 notamment), la population construisit à chaque fois une chapelle afin d’attirer à elle la protection divine. Au XVIIe siècle, la commune dénombrait vingt-quatre chapelles.

Cette démonstration de ferveur religieuse ne donna pas simplement lieu à la multiplication des édifices, mais elle généra un véritable foyer intellectuel.

L’église Saint-Michel s’inscrit dans un tissu urbain caractéristique.

Une rue étroite s’évase doucement pour aboutir à la place sur laquelle se développe la façade de l’église.
Ainsi se mettent en place les principes de la mise en scène baroque du monument.

La place Saint-Michel est bordée d’un ensemble monumental constitué de palais à portiques et de chapelles, créant
un écrin à l’église. L’ampleur de la façade de l’église Saint-Michel est le point d’orgue de la composition.

Bâtie sur l’emplacement d’une église romane et de son cimetière, elle conserve, comme seul témoin de ce passé, un magnifique clocher roman lombard du XIIIe siècle.

Deux niveaux d’ordonnancement strict (peu de décor, une animation qui ne se fait que par les saillies des pilastres et de l’entablement) rappellent l’influence "romaine" de la façade de la cathédrale Sainte-Réparate de Nice.

Le plan est simple. Une nef flanquée de deux bas-côtés sans chapelles latérales, un transept non saillant avec une coupole écrasée à la croisée, un chœur à chevet polygonal, insistent, malgré l’ampleur de l’édifice, sur la volonté de concentrer l’espace architectural vers le chœur. La césure entre les deux niveaux d’élévation annoncée par l’entablement de la façade se retrouve sur tout le pourtour intérieur du bâtiment. Deux espaces sont ainsi définis : en bas, le monde profane où se tiennent les fidèles ; en haut, le divin.

Le chœur cristallise les éléments de la scénographie baroque.
Un arc triomphal marque nettement la rupture. L’espace se resserre et toutes les lignes architecturales (pilastres, baies, nervures de la voûte, etc.) impriment un rythme plus soutenu dessinant ainsi les frontières du sacré.

Sur les murs du chœur, dans chaque travée, sont aménagées de fausses loggias, à l’intérieur desquelles sont logées de grandes toiles représentant les saints.

Ils sont présents pour assister au mystère de l’eucharistie, installés comme au théâtre. Pour conforter cette mise en scène baroque, un dais est placé au-dessus du maître-autel. Anciennement, des tentures étaient accrochées à ce dais, augmentant l’effet théâtral.